mardi 10 janvier 2017

POURQUOI JE VOTERAI MANUEL VALLS

Nous connaissons l’adage. « Au premier tour, on choisit. Au second tour, on élimine ». Cette règle fut appliquée en 2002. Nous avons éliminé Le Pen… en votant Chirac.
L’importance de la primaire est d’éviter ce scénario. Trois conditions sont à réunir.
  • La première est celle de la participation. Massive, elle sera le booster indispensable au rassemblement. 
  • La seconde est d’éviter les pièges malicieux des réseaux et autres médias. Exacerber les nuances des candidats comme autant d’obstacles infranchissables de leur union à venir. 
  • La troisième sera de choisir le critère adéquat du choix. Choisir celui qui sera en mesure, par sa conviction et sa crédibilité, de rivaliser puis de battre la droite et l’extrême droite
Bien sûr, lors d’une primaire, l’objectif est de mobiliser la gauche. Mais le spectre de l’offre politique du moment s’est aujourd’hui élargi. Il n’est plus celui de l’alliance PS/PC/MRG d’avant-hier ou rose/rouge/verte d’hier. Le dépassement de ces cadres est nécessaire. Face au FN et à la droitisation de la droite, c’est à la synthèse des progressistes à laquelle il faut parvenir.

Plutôt que de précipiter une décomposition-recomposition, c’est à un redéploiement auquel il faut procéder. Cristallisée sur ses deux pôles par une droite et une gauche qui s'extrémisent, la situation politique est bien celle d'un champ progressiste qui cherche une nouvelle dynamique mais doit aussi, en cet instant, éviter le pire.

L’enjeu n’est pas celui du positionnement central au sein du PS comme s’il s’agissait de son congrès. Il n’est pas celui du positionnement au centre de la gauche de la gauche comme s’il s’agissait de prendre date et donner les gages d’une virginité retrouvée.
En réalité, une présidentielle ne se gagne pas sur une position dans une échelle graduée. La science politique, tout comme les français eux-mêmes, démontrent aujourd'hui la vacuité de ses raccourcis.

Du bilan gouvernemental, je ne défends pas tout. Mais je ne suis pas sûr que passer son temps à faire son marché du bon grain et de l'ivraie, soit la meilleure manière d'engranger la confiance et d'offrir lisibilité. En revanche, je tiens à l'idée d'une certaine responsabilité de chaque matelot dès lors que le navire affronte les tempêtes. Une fois déchiré le rideau de la confiance et rabattues les voiles de la solidarité minimale, comment s'étonner ensuite du qualificatif d’irréconciliables ?

Je partage  nombre de propositions figurant dans chacun des programmes de nos candidats. Il y a aussi celles que je redoute comme celles dont je doute. Mais je suis déjà surpris moi-même de la cohérence que l’on peut construire à partir de cette diversité dans le camp progressiste. Rien n’est joué, en effet.

Si je regrette certains choix qui ont été faits, je félicite le courage d’en exposer les circonstances et d’en tirer les leçons. La politique, en effet, n'est pas un quizz. En définitive, tous les candidats majeurs de cette primaire, membres du gouvernement, ont fait cela. Ce reproche leur est pourtant moins formulé qu'à l'encontre de celui qui n’aura pas choisi le refuge de l’embarcation de fortune. Le courage était peut-être celui là.

Obnubilés par l’ambition du coup suivant, que de scénarios ai-je entendus sur l'opportunité d'une démission prématurée du premier ministre afin qu'il trouve le temps de reconstruire une parole plus libre et une émancipation plus grande. Manuel Valls n’a pas fait ce choix. Il est le seul. Quoi qu'on en dise, cela force le respect. Celui que procure une certaine éthique de la charge. N’est-ce pas cela aussi dont a besoin le pays ?

Quant au candidat Macron, il aura tiré crédit de sa décision par une trahison assumée et rendue cohérente par sa non participation à la primaire. Pourtant, au vu des sondages, j'y vois une erreur. Il n'en demeure pas moins que nous avons là un candidat "et de droite, et de gauche" offrant à ce stade le concert live d'une compil d'idées puisées ça et là !
Cette remarque n'épuise cependant pas le sujet. La technique de la caractérisation armant le bras de la stigmatisation est trop facile, trop répandue. Macron est aussi l'expression d'autre chose. Il est donc un symptôme. Le symptôme d'une gauche en panne d'actualisation de sa pensée et de théorisation de sa pratique.

Du bilan de la Présidence Hollande, l’histoire en réévaluera bien sûr la qualité. Comme elle le fit hier pour d'autres, à gauche. Mais se hisser à la hauteur de l’histoire est de l'admettre à temps pour conjurer le pire.

Se hisser à la hauteur de l'Histoire, c’est admettre qu’elle jugera plus positivement le bilan de la gauche au pouvoir plutôt que celui de ses guerres de sécession, de succession et enfin de capitulation face au risque imminent d'un duel entre la droite et l'extrême droite.

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