mardi 31 janvier 2017

à toi de jouer Benoit

Benoît Hamon a été largement désigné. Il est désormais le candidat de ma formation politique. Je lui adresse toutes mes félicitations pour cette victoire et la campagne conduite.
Merci aussi à Manuel Valls, que j'ai soutenu, pour son engagement courageux, sa loyauté et sa dignité.
Souvent moquée et parfois boudée, la Belle Alliance Populaire a trouvé le rendez-vous des électeurs. Grâce à cette primaire, un choix clair a été formulé et on peut remercier le parti socialiste, ses militants, d'avoir tenu bon et offert ce cadre d'expression massif et unique à gauche.
Désormais, la gauche a rendez-vous avec deux défis immédiats. 
  • Construire le rassemblement le plus large possible 
  • Eviter à tout prix un 2nd tour entre la droite et l'extrême droite.

A l'aune de ces deux objectifs, je prendrais ma part du rassemblement nécessaire que doit désormais nouer Benoit Hamon, sans rien renier de la perspective d'une nouvelle gauche progressiste dont notre pays a besoin.

mercredi 25 janvier 2017

Je ne partage pas l'idée du revenu universel (1)

Proposé comme nouvel horizon idéologique, les vertus de ce parangon me laissent dubitatif. Devrais-je en perdre mon brevet de socialisme et crouler sous les injonctions d'exégètes me sommant de penser un monde nouveau, fait de décroissance et de dilution du travail comme point cardinal de notre Etat social ?

Je ne veux pas commenter plus avant les arguments sur son coût, immédiat comme à long terme, qui en fragilisent la crédibilité. Mais je persiste à penser, parce que je suis socialiste, que ce revenu ne permet tout simplement pas de s'attaquer à la question des inégalités structurelles de la société. Nous le savons, les politiques de redistribution menées aujourd'hui n'atteignent pas l'efficacité espérée. Elles ne traitent pas des causes des inégalités. Or, il ne suffit plus de laisser faire le marché et de redistribuer, après coup. Sur ce constat, les socialistes seront d'accord pour rejoindre ainsi l'approche développée en son temps par D. Strauss Kahn.

Le mercredi 10 décembre 2014, lors de son intervention face à la fondation Jean Jaurès, Manuel Valls déclara d'ailleurs : "alors que la redistribution se contente de revenir a posteriori sur les inégalités, je crois que nous devons orienter notre modèle vers la pré-distribution, c’est-à-dire prévenir les inégalités".
La conclusion n'en est pas pour autant celle de la "pré-distribution" d'un revenu à chacun, que Valls ne préconisera pas, si peu efficiente sur la structure même des inégalités (sans doute, d'ailleurs, celle d'un patrimoine le serait-elle davantage dans le paysage actuel des inégalités de naissance). 

Une vraie démarche alternative devrait plutôt répondre aux « modèles inefficaces qui redistribuent aveuglément sans tenir compte des besoins de chacun ». Bref, le Revenu Universel relève moins d'une politique de redistribution que de conservation.

Jacob Hacker, politiste américain et père de la notion de pré-distribution indiqua très justement que "les citoyens veulent un boulot et des opportunités d’ascension sociale, bien plus qu’un chèque de l’Etat." (...) "les réformateurs progressistes ont besoin de se concentrer sur les réformes de marché qui favorisent une distribution plus juste du pouvoir économique et de ses bénéfices avant même que le gouvernement ne collecte des taxes ou n'attribue des prestations." 

Je me refuse à acter la fin du plein emploi alors même que nous sommes confrontés face à l'ampleur de besoins sociaux non satisfaits. Cette résignation s'inscrit de fait dans la stratégie néolibérale dont le revenu universel deviendrait vite le cheval de Troie. Inscrire cette proposition dans la situation actuelle du rapport de force capital / travail est un piège qui conduirait, par ailleurs, à une aliénation définitive des classes moyennes, à une généralisation de "l'intermittence" (Bernard Stiegler) et à une uberisation accélérée de l'économie. Il y a au contraire un enjeu pour davantage de travail.

Il n'est pas étonnant que l'idée soit défendue par des économistes libéraux et non des moindres. Il y a bien sûr plusieurs versions et je ne fais pas l'injure à Benoit Hamon de confondre la sienne. Mais il n'en demeure pas moins, de ce fait, qu'elle n'est donc pas ce marqueur original ou cette nouvelle frontière du socialisme de la transformation sociale. Le revenu Universel peut devenir, bien au contraire, une arme de destruction massive de l'Etat social (selon les termes d'un collègue des économistes attérés Dany Lang) dans la mesure ou la question de son financement pérenne n'a toujours pas de réponse satisfaisante.

Enfin, dernier risque déjà évoqué notamment par nombre de syndicalistes : Les employeurs feront naturellement tout pour récupérer le montant du revenu de base sur les salaires comme les propriétaires l'ont fait pour l'aide au logement sur les locataires. Le risque d'une mise en concurrence plus forte encore des travailleurs sur des travaux à faible valeur ajoutée et d'une pression accrue sur les salaires, notamment le SMIC, ne serait pas à exclure.

mardi 10 janvier 2017

POURQUOI JE VOTERAI MANUEL VALLS

Nous connaissons l’adage. « Au premier tour, on choisit. Au second tour, on élimine ». Cette règle fut appliquée en 2002. Nous avons éliminé Le Pen… en votant Chirac.
L’importance de la primaire est d’éviter ce scénario. Trois conditions sont à réunir.
  • La première est celle de la participation. Massive, elle sera le booster indispensable au rassemblement. 
  • La seconde est d’éviter les pièges malicieux des réseaux et autres médias. Exacerber les nuances des candidats comme autant d’obstacles infranchissables de leur union à venir. 
  • La troisième sera de choisir le critère adéquat du choix. Choisir celui qui sera en mesure, par sa conviction et sa crédibilité, de rivaliser puis de battre la droite et l’extrême droite
Bien sûr, lors d’une primaire, l’objectif est de mobiliser la gauche. Mais le spectre de l’offre politique du moment s’est aujourd’hui élargi. Il n’est plus celui de l’alliance PS/PC/MRG d’avant-hier ou rose/rouge/verte d’hier. Le dépassement de ces cadres est nécessaire. Face au FN et à la droitisation de la droite, c’est à la synthèse des progressistes à laquelle il faut parvenir.

Plutôt que de précipiter une décomposition-recomposition, c’est à un redéploiement auquel il faut procéder. Cristallisée sur ses deux pôles par une droite et une gauche qui s'extrémisent, la situation politique est bien celle d'un champ progressiste qui cherche une nouvelle dynamique mais doit aussi, en cet instant, éviter le pire.

L’enjeu n’est pas celui du positionnement central au sein du PS comme s’il s’agissait de son congrès. Il n’est pas celui du positionnement au centre de la gauche de la gauche comme s’il s’agissait de prendre date et donner les gages d’une virginité retrouvée.
En réalité, une présidentielle ne se gagne pas sur une position dans une échelle graduée. La science politique, tout comme les français eux-mêmes, démontrent aujourd'hui la vacuité de ses raccourcis.

Du bilan gouvernemental, je ne défends pas tout. Mais je ne suis pas sûr que passer son temps à faire son marché du bon grain et de l'ivraie, soit la meilleure manière d'engranger la confiance et d'offrir lisibilité. En revanche, je tiens à l'idée d'une certaine responsabilité de chaque matelot dès lors que le navire affronte les tempêtes. Une fois déchiré le rideau de la confiance et rabattues les voiles de la solidarité minimale, comment s'étonner ensuite du qualificatif d’irréconciliables ?

Je partage  nombre de propositions figurant dans chacun des programmes de nos candidats. Il y a aussi celles que je redoute comme celles dont je doute. Mais je suis déjà surpris moi-même de la cohérence que l’on peut construire à partir de cette diversité dans le camp progressiste. Rien n’est joué, en effet.

Si je regrette certains choix qui ont été faits, je félicite le courage d’en exposer les circonstances et d’en tirer les leçons. La politique, en effet, n'est pas un quizz. En définitive, tous les candidats majeurs de cette primaire, membres du gouvernement, ont fait cela. Ce reproche leur est pourtant moins formulé qu'à l'encontre de celui qui n’aura pas choisi le refuge de l’embarcation de fortune. Le courage était peut-être celui là.

Obnubilés par l’ambition du coup suivant, que de scénarios ai-je entendus sur l'opportunité d'une démission prématurée du premier ministre afin qu'il trouve le temps de reconstruire une parole plus libre et une émancipation plus grande. Manuel Valls n’a pas fait ce choix. Il est le seul. Quoi qu'on en dise, cela force le respect. Celui que procure une certaine éthique de la charge. N’est-ce pas cela aussi dont a besoin le pays ?

Quant au candidat Macron, il aura tiré crédit de sa décision par une trahison assumée et rendue cohérente par sa non participation à la primaire. Pourtant, au vu des sondages, j'y vois une erreur. Il n'en demeure pas moins que nous avons là un candidat "et de droite, et de gauche" offrant à ce stade le concert live d'une compil d'idées puisées ça et là !
Cette remarque n'épuise cependant pas le sujet. La technique de la caractérisation armant le bras de la stigmatisation est trop facile, trop répandue. Macron est aussi l'expression d'autre chose. Il est donc un symptôme. Le symptôme d'une gauche en panne d'actualisation de sa pensée et de théorisation de sa pratique.

Du bilan de la Présidence Hollande, l’histoire en réévaluera bien sûr la qualité. Comme elle le fit hier pour d'autres, à gauche. Mais se hisser à la hauteur de l’histoire est de l'admettre à temps pour conjurer le pire.

Se hisser à la hauteur de l'Histoire, c’est admettre qu’elle jugera plus positivement le bilan de la gauche au pouvoir plutôt que celui de ses guerres de sécession, de succession et enfin de capitulation face au risque imminent d'un duel entre la droite et l'extrême droite.