lundi 25 juin 2018

la douceur du baiser qui tue



 

CONSEIL MUNICIPAL de TOULOUSE - 15 JUIN 2018 -
Intervention sur le compte administratif 2017 au nom des groupes PS, PCF, Verts demain et Génération(s)

I - Ce compte Administratif 2017 confirme une trajectoire financière que nous n’avons pas partagée.

Nous ne pouvons que redire ce que nous avons dit jusqu’à aujourd’hui.
Pour les toulousains, c’est une vague d’austérité qui dure.
Une vague sur la base de laquelle vient désormais se greffer et se calculer aujourd’hui une deuxième vague, celle de la contractualisation.

J’ai peur qu’en semant ainsi des vagues, vous récoltiez la tempête.
C’est donc l’effet d’une double lame. C’est le double effet Kiss cool, mais avec la douceur désormais du baiser qui tue.

Ce CA 2017 nous permet d’actualiser un premier bilan
·        des ponctions sur le pouvoir d’achat, sur le plan fiscal et tarifaire
·        des ponctions sur le pouvoir d’agir, sur le plan des subventions aux associations
·        d’une pression de plus en plus en forte sur les personnels.

Produit fiscal :
On constate une progression de 46 M€ depuis 2014.
Si on cumule le prélèvement effectué chaque année, nous arrivons à 130 M€ et nous serons à 300 M€ en 2020 en grande partie lié à votre décision fiscale.
Evidemment, je suis prêt à corriger ce montant et prendre en compte l’évolution physique des bases ou leur revalorisation annuelle. Et bien je dis chiche !

Produit des redevances :
On constate une progression de 10 M€ depuis 2014.
Si on cumule le prélèvement effectué chaque année, nous arrivons à 19 M€ et 88 % de ce montant relève des redevances sur le scolaire.
Evidemment, je suis prêt à corriger ce montant et prendre en compte l’accroissement du nombre d’’élèves. A condition que l’on prenne en compte aussi l’accroissement des inégalités de conditions des familles, car à Toulouse l’écart se creuse.

Où est le bilan promis sur la politique tarifaire ? Il ne suffit pas de prétendre au faible impact sur le taux de fréquentation des cantines, par exemple. Un taux de fréquentation ne dit rien des arbitrages forcés que font de familles qui bénéficiaient hier de la gratuité. Il faut bien que les enfants soient nourris, alors elles sont contraintes à de nouveaux efforts sur d’autres postes du budget familial.

Dépenses en subventions :
On constate une baisse de 7 M€ depuis 2014.
Si on cumule, on arrive à la somme de 12.5 M€ de baisse de subventions.
Aujourd’hui même, à ce conseil, nous allons renouveler des subventions pour 277 associations mais les qui y sont consacrés baissent de 11%.

Total cumulé : 130 M€ + 19 M€ + 12 M€ = 160 M€ prélevés outrancièrement sur le pouvoir d’achat depuis 2014 tandis que le total des baisses de dotations, nous dites-vous, aura été de 81 M€.

Preuve du trop-perçu, le CA 2017 nous indique par ailleurs, pour la 3ème année consécutive, une épargne qui reste encore supérieure à la cible de votre trajectoire. Comble du paradoxe, elle sera encore plus forte à l’issue de la période de contractualisation.

II - Ce CA n’intervient pas dans n’importe quel contexte. C’est celui de la contractualisation et donc du vote concomitant de l’approfondissement de difficultés qui vont empirer.

Les chiffres 2017 nous indiquent que nos dépenses de fonctionnement progressent de 2.5 %. A l’avenir, l’objectif contractuel d’une progression limitée à 1.45 % de ces mêmes dépenses, ce seront 6 M€ d’efforts nouveaux en 2018, le double en 2019, le triple en 2020. C’est ce qui est écrit dans la contrat que vous proposez au Préfet.

J’ai bien écouté la notion d’efforts partagés que vous mettez chaque année en exergue de votre stratégie financière. Des efforts prétendument partagés entre d’une part la ville et d’autre part les toulousains.

Et bien je pense qu’il vaut mieux dire les choses plus clairement.

Quand 60 % des dépenses sont constituées de frais de personnel, ce n’est pas tant la ville qui est mise à contribution. Ce sont les agents eux-mêmes et donc aussi des toulousains.

Je note en 2017 une progression limitée de 2,9 % des dépenses de personnel (en réalité de +1,9 %, mas je passe sur l’explication comptable de cet écart).
Et bien par une simple règle de trois, en fonction de l’évolution projetée des dépenses de fonctionnement dans le cadre du contrat léonin que vous vous apprêtez à signer, on passerait si mes calculs sont bons d’une progression de 2.9 % à 1.2 % en 2018.
Une multiplication par deux du taux d’effort sur la masse salariale.

Vous vous glosez de vos investissements, de l’ouverture de nouveaux équipements… Envisagez-vous d’investir dans des robots pour les occuper, les maintenir, les animer ? A moins que la solution soit celle de privatisations de services, d’évolutions de carrières à la baisse, d’une stratégie de non remplacements plus affirmée, de révision de politique indemnitaire, de recours accru à des contractuels…

III - Je veux à ce stade alerter à la fois notre conseil et les agents de notre collectivité. Vous n’êtes qu’au début de vos peines. Mon inquiétude est grande, pour les deux ans qui viennent, sur la situation des personnels.

Des témoignages affluent.
·        Pression au travail et management vertical
·        Absence de visibilité sur la politique de remplacements. On déshabille Paul pour habiller Pierre, mais la taille des vêtements rétrécie. Et Pierre, et Paul s’interrogent sur leur avenir et celui de leur service.
·        On présente de savants calculs sur les coûts réels de leur production, on leur impose des contraintes d’objectif inatteignables comme pour mieux justifier demain l’externalisation de leur fonction.

Ou en est l’élaboration de la Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences ? Celle qui permettrait :
·        d’optimiser les dispositifs de formation ;
·        de développer la qualification des salariés ;
·        de valoriser les compétences individuelles et collectives ;
·        d’accompagner des changements dans l’organisation du travail ;
·        de développer les mobilités professionnelles;
·        de favoriser l’implication de chacun dans un projet d’évolution professionnelle 
·        d’anticiper l’adaptation des compétences;
·        améliorer la gestion des carrières ;

A vouloir comparer systématiquement une qualité de service selon qu’elle est privée ou pas, alignons notre collectivité sur cette règle du privé qui veut que la négociation d’une GPEC est une obligation légale.

Encore plus grave. C’est ce que j’ai appris cette semaine.

Je demande une attention particulière du conseil car il s’agit de la situation d’hommes et de femmes qui vous permettent à tous, chaque week end, d’exercer votre mandat.

Le PPCR (protocole national sur les Parcours, Promotions, Carrières et Rémunérations), qui est un protocole d’accord sur l’évolution des Carrières de nos agents, est un dispositif national, plutôt reconnu positif, qui offre de nouvelles conditions d’avancement de grade plus rapide.

Le problème, c’est qu’il réclame une mise en œuvre concrète par notre collectivité.

Je ne sais pas quelle sera votre intention, Monsieur le Maire. Je sais juste que vos propositions de protocoles ont fait l’objet d’un vote unanime négatif des représentants du personnel lors du dernier comité technique.

Vous pouvez passer outre mais je me permets une respectueuse mise en garde car je suis choqué que vous ayez même osé soumettre à leur approbation une telle proposition :
Un ralentissement sans précédent de leur déroulement de carrière. Je pense notamment aux catégories C dont le nombre de promouvables serait réduit de moitié, voire des deux tiers.

Savez-vous quel est le salaire net d’un agent de catégorie C, justement promouvable ? environ 1250 €.
Aujourd’hui, au bout de 3 ans dans son grade, il peut être inscrit sur un tableau d’avancement, et espérer ainsi, s’il est promu, quelques dizaines d’euros supplémentaires par mois.

Ne pensez-vous pas juste que cette garantie de promotion soit offerte à tous les agents et pas seulement à 50 % voire même à 33% d’entre eux ? Serait-ce un « pognon délirant » que de garantir cela ?

J’avoue que je ne comprends pas que vous ayez osé proposer cela. Quand je constate en même temps, sur la base des éléments dont je dispose, une baisse des budgets formation. Faut-il là aussi se prémunir du coût généré par des formations qualifiantes permettant des déroulements de carrières plus motivants ?

J’évoque volontairement ce sujet car je demeure persuadé que le contrat que vous signez avec l’Etat ne lui est pas étranger.


Ainsi donc, ce CA 2017 conclu un moment dans le menu prévu par votre trajectoire financière présentée en 2015. C’est celui du hors d’œuvre. J’aurais aimé que le plat suivant, au sens étymologique, soit un plat de résistance plutôt que de capitulation.

Je veux conclure.

J’étais présent lors de l’accueil républicain du premier Ministre au Capitole. Alors que vous semblez regretter l’absence de l’opposition, j’y représentais pour ma part le Groupe Socialiste. Vous n’avez pas le monopole de la courtoisie républicaine, Monsieur Moudenc

D’ailleurs, ce moment fut aussi très utile aussi pour moi. Comme vous-même avec le premier ministre, j’ai pu avoir d’utiles échanges pour notre ville avec quelques élus de la majorité présidentielle présents. Vous n’avez donc pas non plus le monopole des échanges constructifs.

Vous dites ne pas avoir demandé au Premier Ministre d’annonces particulières. Cela raisonne comme un aveu. Je comprends mieux, du coup, les interprétations politiciennes de cette pure opération de communication.

Ce que je retiens surtout de cette manifestation, c’est que nous avons eu droit à un concours d’élégance, des discours d’éloquence, jamais celui d’une quelconque résistance. Pas l’ombre d’une critique…

Ce qui me désole, en définitive, dans cette opération de génuflexion aura été cette absence de dignité.

Face à Paris Bercy, j’ai connu Toulouse plus conquérante.



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