jeudi 12 mai 2016

Après la motion de "césure"

Alors qu'Alain Juppé promet déjà un avenir terrible - retraite à 65 ans, semaine de 39 heures, augmentation de la TVA, baisse de l’impôt sur les sociétés et suppression de l’ISF, purge de la fonction publique - une poignée de socialistes a décidé de provoquer l'issue du recours au 49.3 pour mieux la dénoncer ensuite et rechercher enfin, faute d'une motion de censure, une motion de "césure".

Que cette motion soit de gauche ou de droite ne change rien à l'affaire, le gouvernement ne peut arithmétiquement être démis. La seule stratégie désormais avérée aura donc été celle d'une accentuation de la crise. La preuve est faite. Alors que le rapporteur avait proposé de rétablir une prévalence du niveau de la branche sur l'accord d'entreprise, il s'avère que contexte et prétexte ont été plus important que le texte. 


Je rapporte ici les mots du rapporteur Sirugue : "les deux sujets qui restaient en discussion après des jours et des semaines d'échanges pouvaient trouver une issue avec le retour au périmètre international pour l'appréciation de la situation économique d'un groupe ou le dernier amendement que j'ai formulé, après deux autres préalablement rejetés par mes interlocuteurs sans discussion, et qui permettait de donner aux branches professionnelles une capacité d'autoriser la signature ou pas des accords d'entreprises, par un pouvoir de démandatement.

C'était ignorer qu'une petite minorité du groupe socialiste n'avait que faire des évolutions du texte, parce que déjà tournés vers l'après 2017".

J'ai exprimé ici même mon désaccord avec le premier texte de la loi travail. Je reste convaincu que l'erreur initiale réside dans les premiers temps de cet accouchement en terme de méthode, de contenu comme de calendrier. Toutefois, d'une situation ou la CFDT était contre le texte alors que la droite et le MEDEF y étaient favorables, nous sommes arrivés à une situation inverse avec la nouvelle version.


Le recours au 49.3 ne s'est pas fait sans débats. On ne peut dire tout et son contraire : dénoncer d'une part le mépris du parlement et mépriser d'autre part le résultat du travail qu'il a accompli. Voilà trois mois que l'on débat. Jamais un projet de loi gouvernemental n'a connu autant d'évolutions. Quatre versions ont été examinées. Et je ne regrette pas que les parlementaires, si souvent décrits godillots, aient donné de la consistance à leur fonction. Je veux notamment saluer ici le travail réalisé par Catherine Lemorton et Christophe Sirugue


Comment peut-on décemment faire payer à ce texte final les déficits du premier si ce n'est la volonté d'instruire un autre procès ?  

16 % des députés de gauche, soit 56 sur 340 dont 24 socialistes, ont bloqué l'adoption d'une loi modifiée par 800 amendements.
Comment croire à la sincérité de la dénonciation du recours au 49.3 alors que le premier respect de la démocratie eut été de respecter le vote majoritaire du groupe parlementaire socialiste ?  
Quel crédit accorder à l'éthique de conviction lorsqu'elle s’accommode à ce point d'une telle contradiction d'appartenance ?

A la gauche de la gauche, qui à force de glisser va retrouver la droite, on se drape de la tonalité pseudo-insurrectionnelle. On se rejoue les vieilles partitions situationnistes. On hume le fond de l'air rouge. On prédit l'alignement révolutionnaire des planètes et la convergence des luttes. On accompagne un mouvement social dont la «
direction», selon Romain Goupil, est contre «toute direction» pour mieux conserver la «bonne» direction. On y vénère Frédéric Lordon, discret gourou d'une extrême gauche revenue à l'état primitif, symptôme d’une crise d’orientation de la gauche radicale elle-même, sans débouchés, ni perspectives, soufflant sur les braises de la décomposition. 

Restons optimistes. Avec Nuit Debout, tâchons de déceler plutôt dans cette convulsion, ne revendiquant ni queue ni tête, l’effervescence d’un idéal démocratique à bâtir sur les méandres de la société marchande, du perfectionnement des logiques individualistes, de la fragmentation sociale, d’un modèle politique à renouveler.
Qu'elle se préserve de cette vieille pratique "révolutionnaire" car elle est amorcée. Celle qui entend permettre "objectivement" le retour de la droite (dont la violence de rue a toujours été le premier allié). Celle qui permet les commodités de l’opposition qui socialise et la vertu incantatoire de l’emphase qui rassure. 

Si le pays est dans le doute, en quête de sens pratique, il n'est pas dans la radicalité. Le choix du syndicalisme réformiste qui offre des débouchés semble aujourd'hui prendre le pas sur celui de la seule contestation dont la radicalité n'est que l'expression de sa propre crise.


Et voilà qu'au PS, certains se délectent de tous les contournements de leur propre formation politique avec un double objectif : éliminer le premier ministre et disqualifier le Président de la République. Par une convergeance des contraires s'annoncent les temps de "l'advienne que pourra" avec l'espérance d'un contrepouvoir local demain retrouvé.

Cette politique de la terre brûlée avec le calcul d'y faire naitre un nouveau phenix émergeant des cendres est irresponsable. Elle éloigne de la politique plus qu'elle ne la réhabilite.


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