jeudi 8 septembre 2016

Pour la République, la rentrée de tous les dangers



En cette rentrée, à l’heure ou s’aiguisent les appétits politiques (parfois primaires), comment caractériser la situation ? 

A gauche comme à droite, c’est d’abord celle du morcellement et de la décomposition. Devant la gauche divisée, la droite n’a même plus besoin d’attaquer son bilan parlementaire collectif, d’autres logorrhées s’en chargent. Elle s’attèle surtout à parler au noyau dur de son électorat, à libérer la parole des instincts populistes, à coller aux tendances profondes du repli réactionnaire anti républicain. En d'autres temps, il en fallait moins pour exprimer la solidarité unitaire des progressistes. 

Persuadée dans le contexte actuel que le vainqueur de sa primaire sera automatiquement celui de la présidentielle, la droite organise le concours Lépine du « plus à droite tu meurs ». Nicolas Sarkozy a déjà réussi son buzz. Plus qu’un buzz, c’est une stratégie. Celle de fixer le cadre, les thèmes, le centre de gravité autour desquels l’espace des conservateurs doit désormais se structurer.

A Fillon et Juppé, le terrain de la révolution libérale économique et sociale. A Sarkozy, celui de la contre-révolution autoritaire et sociétale. Mais l’une ne va pas sans l’autre. Le redoutable programme social inégalitaire aura besoin du terrifiant programme autoritaire : recul de l’Etat de droit, mépris de la démocratie sociale et des corps intermédiaires, rétrogradation identitaire de la citoyenneté. 

L’attaque est centrale. L’offensive est en marche. Zemmour la déroule et Ménard la savoure. 

A ceux qui pensent que ce n’est pas la République qui est en jeu, mais que l’enjeu économique et social est la priorité du moment, je leur conseille de relire le préambule de la constitution de 1946. 

Il n’y a point de République sans République sociale. Tout comme il n’y aura point de République sociale si l’équilibre des pouvoirs n’est pas respecté. Il en va ainsi des propositions de la droite. La restauration méthodique de cet outil d’ancien régime que de gouverner par ordonnance, la recentralisation de pouvoirs dévolus aux collectivités locales, la mise à bas de la « détermination collective des conditions collectives de travail » avec le contournement des organisations syndicales. Si la loi El Khomry a suscité bien des émois, écouter la différence devrait pourtant réveiller la conscience et la sagesse des vrais combats structurels.

En prenant la responsabilité d’ouvrir davantage encore l’espace politique du Front National, Nicolas Sarkozy libère la radicalisation. Ce qui est en jeu n’est plus l’alternance politique, c’est l’alternative anti-républicaine. 

Comprendre ce qui se joue dans les mois qui viennent est essentiel. Il n’est pas de savoir qui gagnera la primaire de droite mais ce que fera son vainqueur du patrimoine politique de telles orientations. Le mettre en œuvre ou le trahir. C’est-à-dire, in fine, le confier à l’extrême-droite.

A Gauche, on voulait aussi la primaire, gage d’efficacité et de rassemblement. Elle est désormais là, prévue pour Janvier 2017. Mais elle ne suffira pas à garantir l’un et l’autre. Quoi qu’on en dise, cette rentrée confirme la conjecture. Le sujet aura toujours été d’empêcher le Président sortant d’être candidat. Devenu trop libéral pour certains et pas assez pour d’autres, l'issue ne relèvera pas d'un "plus à gauche que moi tu meurs". Les français, depuis des années, ont déjà donné. Elle ne sera pas davantage dans le "plus ailleurs que moi tu disparais". Dire que l'on est ailleurs ne rassure en rien sur ce que l'on est ou ce que l'on veut.

Tout cela ne dit rien, en soi, de la reconstruction théorique et pratique de la gauche de demain. La vraie gauche n'est pas dans l'incantation. Car l'incantation aussi, les français ont déjà donné. Elle est la meilleure alliée du conservatisme. La responsabilité assumée du pouvoir, sa détermination historique à demeurer la colonne vertébrale de la République, sa quête perpétuelle de l’égalité et de l’émancipation, le progrès pour tous nourrissant la protection pour chacun, voilà ce qui fonde l'équilibre de la profonde identité de la gauche.

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