mardi 26 août 2014

"les doigts dans la confiture et les pieds dans le tapis" ?


"Il y a un problème de demande dans toute l'Europe. La zone euro connait un excédent commercial, un investissement insuffisant et un taux de croissance qui ne permet pas de faire baisser le chômage. C'est essentiellement dû aux politiques d'austérité menées depuis plusieurs années. S'il doit y avoir soutien de la demande, il doit donc se faire au niveau européen, et c'est ce que la France va porter dans le débat qui s'engage avec nos partenaires...."

Ces mots ne sont pas ceux d'Arnaud Montebourg ou de Benoît Hamon. Ce furent ceux du Président de la République la semaine dernière dans un entretien au journal "Le Monde". Il ajoutait : "Qui peut contester que l'environnement international et européen s'est dégradé depuis un an ? Les causes en sont connues. Elles sont liées aux incertitudes géopolitiques (Ukraine, Irak…) et à la poursuite de politiques d'austérité en Europe...." 

Et F. Hollande d'illustrer la tâche engagée par son ministre : "J'ai trouvé en arrivant en 2012 près de 70 milliards de déficit commercial et une industrie avec les taux de marge les plus faibles de ces trente dernières années. Toute mesure de relance de l'activité par des moyens budgétaires aurait donc eu pour conséquence d'aggraver notre dette publique et de détériorer notre commerce extérieur. J'ai donc fait le choix de donner la priorité au redressement productif. C'est une question vitale pour la France."

A. Montebourg, dans un récent entretien au journal "Capital", écrira notamment de son côté :
"Si nous continuons comme ça, nous aurons la destruction de l'Europe, pas par la finance, par la politique! C'est pourquoi j'ai fait une proposition d'agenda de croissance commun avec l'Allemagne. A nous deux, nous représentons 92% du PIB de la Chine. Nous devons absolument essayer de nous entendre malgré nos divergences structurelles, nos intérêts différents, pour définir ensemble une nouvelle stratégie de croissance". 

Il y a ceci de rassurant dans ces déclarations qu'elles identifient ensemble l'enjeu de la période.
On comprendra dans cette perspective que la première responsabilité de l'exécutif soit, dans le moment présent, de préserver sa cohésion pour poser ensuite les actes du débat annoncé à l'échelle européenne.
  • C'est une vérité de dire que la réduction des dépenses publiques contribue au chômage et frappe l’investissement, qu'elle pèse sur l’activité et donc les rentrées fiscales et qu'elle contribue ainsi à accroître les déficits au lieu de les réduire. 
  • Mais c'est aussi une vérité de dire que les politiques de redressement des comptes publics et de réduction des déficits et des dépenses budgétaires auxquelles les gouvernements de l’Union souscrivent collectivement relèvent des conditions mêmes d'émergence d'une autre Europe. 
Il faut en même temps réduire déficit et dépenses improductives et investir dans les infrastructures et industries d’avenir. Si l'objectif de réduction des dépenses est l'un des moyens de convaincre les autres Européens d’investir pour l'avenir, comme l'a souligné l'éditorialiste Bernard Guetta dans sa chronique du jour, il n'en demeure pas moins vrai aussi que cette condition nécessaire n'est pas suffisante. 

Dans cette rentrée politique, le paradoxe veut que tout le monde ait raison. 

Dès lors, que penser de la crise ouverte par le comportement d'Arnaud Montebourg ? Je crains fort que ce soit justement le comportement lui-même qui en est la cause ! La grandiloquence narquoise est-elle à ce point nécessaire au narcissisme de la conviction. 

Que pensent les français d'un tel spectacle ? Les politiques se grisent bien facilement à la perspective de telles fenêtres médiatiques que sont les universités de rentrée. Elles compteront bientôt autant de journalistes que de participants. Ils viennent y tester la popularité de leurs bons mots, instiller l'amorce de nouvelles ambitions gardées au frais jusque là. Surtout, ne pas rater le rendez-vous de cette course à la dramaturgie. Parfois sont-ils surpris eux-mêmes de l'effet démultiplié de leurs sorties ou la moindre virgule se transforme en "alerte info" de nos chaines en continu. 

Dans l'affaire qui nous occupe, C'est Manuel Valls lui-même qui a semble-t-il mis en oeuvre le précepte que je partage de JP Chevènement : "un ministre ça ferme sa gueule, où ça démissionne". En plongeant ostensiblement ses doigts dans le pot de confiture, j'ai le sentiment confus qu'Arnaud Montebourg s'est aussi pris le pied dans le tapis. Je regrette les proportions prises par cette affaire. Lui aussi sans doute.

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