lundi 13 janvier 2020

Mars 2020 : je ne serai pas candidat

Je le confirme ici. Je n'ai pas souhaité figurer sur la liste socialiste désormais connue des prochaines élections municipales à Toulouse. Certains s'interrogent et je les remercie. Quelques mots s'imposent.

De 2008 à 2014, adjoint au Maire de Toulouse, j'ai vécu un passionnant mandat. Il fut celui d'un engagement total au service d'une refondation de la gestion publique municipale et de ses politiques. Une modernisation sans précédent et des ruptures salutaires furent engagées. Elles étaient au service d'une vision politique qui nécessitait le souffle de la conviction. Mes délégations, aux transports et aux finances, contribuèrent à tout cela et ma gratitude pour la confiance accordée par les électeurs mais aussi par le Maire Pierre Cohen en reste intacte.

En 2014, une nouvelle majorité municipale a su profiter de cette vision et du courage qui fit tant défaut à cette ville durant des décennies. Jean-Luc Moudenc aura su capter et bénéficier de cet héritage.
Faute d'augurer, il aura su inaugurer. Ainsi roulent les dés de la démocratie politique, faite de défricheurs et d'accapareurs dont la prouesse est vénérée. Naturellement, il y a aussi eu des initiatives et des orientations nouvelles. je ne sombrerai pas dans la caricature.

Mais "Aimer Toulouse" est une chose. Aimer les toulousains en est une autre. Il eut fallu pour cela éviter d'annuler des politiques et des investissements de long terme pour lesquels ils avaient voté, d'annuler la gratuité de la cantine pour les plus démunis, d'augmenter outrancièrement les impôts de tous, de laisser les promoteurs faire leur marché...

Depuis 2014, j'ai donc siégé sur les bancs de la minorité qui furent si souvent ceux d'une opposition. Elle ne fut pas de ma part systématique mais elle le fut sur l'essentiel. De ce "ministère de la parole", si confortable pour certains, comment ne pas y déceler de la frustration ? Ce poncif ne serait pas grave si le pouvoir de l'opposition s'avérait plus efficace et mieux garanti par la pratique des institutions comme par nos institutions elles-mêmes. Nous avons décentralisé un pouvoir exécutif. Il reste à inventer un véritable pouvoir délibératif.

Six ans d'une opposition unie dans un travail commun pour en arriver aujourd'hui - au moment de l'élection - à trois listes de gauche. Tout ça pour ça ! Unie pour gérer et pour s'opposer, mais éclatée dès lors qu'il s'agit d'en préparer les conditions. Quelle puérilité !

Ainsi donc, 12 ans de mandat municipal, dans l'exécutif d'abord et dans l'opposition ensuite, m'ont permis d'agir et d'apprendre. De ces deux périodes, j'y puise la fierté de l'action pensée et de mises en œuvres utiles au bien commun. Elles fondent ce qui permet de résister aux ostracismes parfois déplacés.

Je souhaite naturellement une belle campagne victorieuse à la liste menée par Nadia Pellefigue dont l'ossature, qu'il s'agisse d'anciens ou d'actuels camarades, est issue de ma formation politique. La perspective d'une alternance possible, avec cette énergie disponible, est au bout de ce bulletin de vote. Les listes de promesses à la Prévert au goût de chlorophylle, l'expérimentation de techniques participatives importées du new management ou le remake du passé n'y suffiront pas.

Il faut un grand dessein. Un grand dessein pour un territoire de près d'un million d'habitants ou s'accroissent des inégalités trop souvent masquées par les palmarès d'une opulence promue sur papier glacé. La métropole est fière de son premier rang dans l'attractivité. Peut-elle l'être autant de sa compétitivité - si peu partagée - sans friser l'indécence ?

Tout cela nécessitera une grande responsabilité collective pour tous ceux qui veulent agir, plutôt que témoigner, et convaincre, plutôt que paraitre. Elle aura besoin de l'altruisme indispensable de tous ceux qui se croient indispensables. Elle aura besoin d'éviter les dérives démagogiques qui alimentent tant celles du populisme et du désespoir. Un bon candidat au charisme victorieux ne fait pas forcément un bon élu au réformisme conséquent.

Je veux aussi dire ici qu'il n'y a pas des citoyens de premier et de second rang. Au premier rang des citoyens, n'y a-t-il pas en définitive ceux dont l'engagement politique réclame le respect de l'abnégation qui les anime, de la conscience collective qui les transcende, de la volonté farouche de voir sans cesse repoussée les frontières du déterminisme social qui étouffent tant l'émancipation des individus ?

La démocratie augmentée réclame une société civile organisée. C'est à dire des citoyens organisés dans la permanence de cadres collectifs qui la régule et la légitime, pas d'un simple engagement à jeter des confettis sous les pieds des candidats. La juxtaposition atomisée de citoyens éclairés - dont on instrumentalise l'indépendance et l'image pour gagner l'élection - résiste souvent mal à la servitude réclamée pour la suite. Le spectacle de la droite locale, de certaines de ses trajectoires individuelles, comme celui du gouvernement de notre pays en fournissent de nombreux exemples.

Certes, les organisations politiques, devenues des outils de conquêtes et non des institutions reflets de la société, manifestent aujourd'hui une inadaptation. Elles sont aussi touchées de plein fouet par de nouvelles formes de politisation et doivent en tirer les leçons. Mais dans notre société en crise démocratique ou le doute persiste sur l'idée même d'être représenté, le danger est grand de nourrir certains procès du politique et d'en intérioriser les sentences. Depuis 2017, le Président de la République en a dressé le prétoire. Faut-il s'y précipiter ?

Ces dernières semaines, le vieux monde organisé a prouvé une certaine utilité pour défendre les intérêts de ceux qui parfois le rejettent. L'enjeu local de ce Printemps s'inscrit dans ce nouveau cycle ouvert en Hiver. Celui de construire un débouché politique sérieux qui ne se contente ni de la "syndicalisation" du discours politique, ni de la dépolitisation de l'enjeu territorial et encore moins du statu quo. 
Aimer Toulouse, c'est aimer les toulousains qui s'inquiètent aussi pour leur retraite, leur pouvoir d'achat, leur système de santé, le montant de leur loyer, la qualité de leur air.

Toujours, à gauche, l'union fut un combat, notamment contre ses propres démons et contre cette maladie infantile qui la gangrène. Je veux parler de la division. C'est aussi en tirant les leçons de cette turpitude qu'elle trouvera l'énergie. Celle du ressourcement et de la confiance.

Libéré de tout mandat public, je vais retrouver demain une nouvelle forme de liberté. Et parce qu'être libre c'est s'engager, elle restera bien sûr celle d'un engagement citoyen averti et d'une rectitude dans mes attachements comme dans mes comportements. Une page se tourne pour que demeure toujours cette disponibilité.

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