mercredi 12 février 2014

3eme ligne de métro, à quand la 3ème version ?

Dans son communiqué du jour, Monsieur Lattes, colistier de la liste UMP, se targue d'une "déstabilisation" de ses adversaires qu'aurait engendrée selon lui la proposition d'une 3ème ligne de métro. Diantre ! Comment ne pas savourer une telle assurance à marcher ainsi sur un rateau dont on ne peut maitriser la trajectoire du manche ?

Elle me rappelle celle du pompier pyromane qui, après avoir allumé hier l'incendie financier du navire Tisséo, promet demain de recommencer la réparation terminée. Qui a déstabilisé le financement des transports en 2006 en faisant disparaitre du jour au lendemain la moitié de son financement ?

Nous jouerions - nous dit-il - sur la peur des chiffres quant au coût d'un tel projet. Quel argument venant d'orfèvres en matière d'insolvabilité programmée et d'anxiété propagée. Nous les avons connu moins scrupuleux lorsque la veille du vote en 2008, ils tentèrent d'affoler l'électeur en prédisant 60 % d'augmentation d'impôts.

Je vous le confirme. Cette grande idée de 3ème ligne n'est pas une découverte et je peux vous en conter l'histoire. J'ai rencontré son véritable auteur, Maxime Lafage, le 5 décembre 2011 à qui j'évoquais à l'époque la contradiction entre sa proposition et la vision que nous avions du maillage métropolitain de notre réseau. Après échanges, nous avions toutefois convenu que les services de Tisséo étaient disposés à le recevoir pour examiner et répondre techniquement à sa proposition. Cette rencontre s'est donc déroulée à ma demande et ce jeune auteur contribua à l'époque au débat du PDU..

Si, parmi les centaines d'avis formulés, il fut le seul à proposer une telle idée, son travail n'en demeurait pas moins de qualité et notre réponse n'en fut pas moins respectueuse et circonstanciée. J'invite le lecteur à la consulter à la page 156 du rapport 2012 de la Commission d'enquête du PDU. Voilà pour l'effet de surprise.

Loin du vacillement espéré par Monsieur Lattes, nous avons fait un choix politique solidement étayé sur une vision partagée par la totalité des communes membres de Tisséo ainsi que de nombreux partenaires publics. Je ne citerais que l'exemple de la CCI dont le Président nous confirma par écrit son soutien au PDU et plus particulièrement "son adhésion à l'orientation donnée au mode BHNS permettant une diminution d'environ 20 % du budget annuel consacré au financement des transports en commun et garantissant une meilleure couverture du territoire (...)".

Pour en revenir aux chiffres, je redis ici que la permière version du projet présenté par Monsieur Moudenc avait, vérification faite, un longueur de 22 kms. Voilà pourquoi je la chiffrais à 2,2 Mds. Admettons qu'elle ne faisait effectivement que 20 Kms. Dont acte. Mais nous en sommes aujourd'hui à une version qui fait désormais 14 kms pour un coût équivalent à la dette actuelle du SMTC. A quand la troisième version ? Elle permettra peut-être le remboursement anticipé de l'encours.

D'ici le 23 mars, je suis persuadé que ce projet en viendra même à produire miraculeusement de l'argent, à dissiper les bouchons que deux lignes de métro n'ont pas réussi à éviter, et même à promettre tout et son contraire comme par exemple :
  • De diminuer les tarifs de parkings tout en faisant couler à flot des millions d'euros de la part des grands groupes concessionnaires - privés mais soudainement devenus philantropes - à qui le métro prendra en même temps des usagers, et donc des recettes, qui seront au final compensées par le contribuable et donc l'impôt ;
  • De construire des dizaines de milliers de place de parking en ville, cas unique en France ou une liste aux municipales ose programmer cela, alors même que leur fréquentation devrait se raréfier compte tenu de l'efficacité promise de cette 3éme ligne de métro ; 
  • De faire converger des centaines de millions d'euros de subventions de la part de collectivités dont il est décrété l'accord alors qu'elles sont contre ce projet ; 
  • De recevoir de l'Etat 50% (rien que ça !) de l'enveloppe nationale prévue pour la totalité des projets prévus en France.
"Notre proposition est réaliste - insiste pourtant l'UMP - les ressources que nous mobiliserons sont, elles aussi, réalistes, vérifiables et mesurables (...)" No comment ! 
  
Puisqu'on nous invite à rentrer dans le détail des chiffres, faisons le de bon coeur quitte à donner à ce post la version longue des saisons électorales. 

  • "sur l'abandon des projets couverts par la nouvelle ligne de métro (Tram Canal, TCSP Montaudran, BHNS Ouest... )". "L'économie" réalisée serait en réalité de 430 M€ dont 20 M€  seulement - et non 165 - pour l'exploitation partielle à 52 m de la ligne A. Il resterait donc près de 1 milliard à trouver. 
  • "sur la remise en concession des parkings (pour que le stationnement auto finance les transports en commun)". Je l'ai évoqué plus haut. Le montant espéré est de 100 M€ alors que la majorité des contrats courent encore pour les 10 ou 20 ans qui viennent. Une telle générosité de la part de concessionnaires privés ne manquerait pas d’être certaienement compensée par une durée prohibitive de contrat, des tarifs élevés pour les usagers ou une subvention du contribuable. A Toulouse, on a déjà vécu cela avec les droits d'entrée sur la gestion de l’eau ou encore la subvention forfaitaire prise sur le budget dédiée à la culture et versée aux gestionnaires de parking. 
  • "si le métro coute plus cher que le tramway en investissement, il transporte 4 à 5 fois plus de passagers et rapporte beaucoup plus de recettes." Piètre conception du service public que d'en mesurer in fine l'utilité aux recettes qu'il génère. Par nature, le transport public est déficitaire et c'est pour cette raison qu'il s'agit d'un service public. Par souci de méthode, je veux rappeler que la fréquentation d'une nouvelle ligne ne correspond jamais à 100 % de fréquentation supplémentaire et que c'est la notion de déplacement et non de voyage qui permet de calculer une recette réelle.
En définitive, ce qui est proposé est que la croissance de fréquentation du réseau se fasse uniquement par ce projet. Dans ces conditions, jamais elle n’atteindra les objectifs de + 5 % du PDU sur un territoire de 118 communes.
Comment financer un surcoût de près de 1 Milliard pour un PDU moins efficace
• En faisant appel au contribuable ?
• En remettant en cause la gratuité des seniors ?
• En annulant l’abonnement à 10 € pour les jeunes ?
• En augmentant les tarifs de parking ?

Bref, pour financer le surcoût d'une telle ligne de métro, il faudrait à la fois des recettes nouvelles mais aussi une restriction des ambitions.
• ce sont les 120 kms supplémentaires de réseau de surface qui seraient remis en cause.
• ce sont les dessertes de proximité qui seraient touchées.
• ce sont les 36 communes de l’agglomération qui seraient oubliées.
• ce sont des rocades et des accès à la ville qui poursuivraient leur engorgement








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