vendredi 18 septembre 2015

Tarif des transports : les premiers désherbages du Professeur Ivaldi (1ere partie)

Suite à cet entretien de Marc Ivaldi dans la Dépêche du Midi sur la question des tarifs dans les transports, quelques remarques me viennent à l'esprit. Le sujet est d'actualité et je devine la volonté du Maire de Toulouse, en faisant appel à ce chercheur, de préparer les esprits à certaines décisions.

Le conseil municipal de Toulouse a voté le 6 mars dernier une requête expresse à ses élus siégeant au SMTC :  
"le Conseil Municipal de la Ville de Toulouse demande aux élus du Conseil Syndical des Transports en Commun de garantir le maintien des mesures tarifaires en faveur de la mobilité des séniors de plus de 65 ans et des jeunes de 4 à 25 ans"
Quel devenir sera réservé à cet engagement par ceux là même qui l'ont voté ? Le sort de cette nouvelle promesse semble s'approcher de l'heure du verdict. Attendons donc patiemment les décisions avant tout jugement définitif même si je souhaite livrer ici, à travers ce billet, quelques remarques sur les propos en éclaireur tenus ce jour par cet économiste toulousain.

Que nous dit M. Ivaldi ? 
"Il faut faire payer en fonction de ce que le voyageur est prêt à payer".  
La disposition à payer, vieil adage de la théorie classique de l'offre que l'on enseigne sur les bancs de nos facs, peut aussi inspirer une autre conclusion que celle de Mr Ivaldi. Ne dissertons pas longuement sur le sujet. Mais si je suis ce raisonnement, cette disposition devrait être d'autant plus grande pour les entreprises que ce sont elles qui ont le plus besoin d'acheminer leurs salariés. Pourtant - il le suggère plus loin - il faudrait leur alléger ce coût et donc le transférer sur l'usager. Faudrait-il supprimer la prise en charge à 50 % pour l'abonnement des salariés ou réduire le versement transport ?
"Lorsque vous vendez des pommes de terre du marché du Cristal, vous essayez de savoir ce que l'acheteur est prêt à payer"
Cet exemple de la formation du prix d'équilibre est symptomatique du mélange - si j'ose dire - des choux et des carottes, c'est à dire du client et de l'usager. Je n'épiloguerais pas mais dans un service public, par définition, le prix d'équilibre n'a pas tout a fait les mêmes déterminants. Si le service public a un coût, il n'est pas que le terme d'une équation. Il est constitutif d'une émancipation, d'un intérêt général, d'externalités positives autrement mesurables et finançables par l'impôt. 
"Celui qui ne fait qu'un voyage de temps en temps est prêt à payer le ticket plus cher que celui qui a besoin du transport chaque jour"
La belle affaire. Ce qui est proposé là est d'instaurer ce qui existe déjà, des tarifs abonnés et des tarifs à l'unité. La recette des occasionnels compensant une part du déficit causé par les recettes des abonnés au tarif préférentiel, je crains toutefois la conclusion que la stricte vision gestionnaire pourrait en tirer. 
"La tarification selon la distance (...) est aussi une piste à étudier (...) celui qui est loin du centre est prêt à payer plus que celui qui est près"
Il sera surtout prêt à ne plus payer du tout, à prendre sa voiture et à demander une seconde rocade à 800 M€. Or, moduler selon la distance dans notre réseau urbain comme la SNCF, c'est la double peine pour l'usager de périphérie. L'offre de transport est plus rare mais il devrait payer plus cher ! Peut-être s'agit-il cyniquement d'extrapoler le vieil adage voulant que la rareté soit forcément chère ou bien est-ce une interprétation particulière des principes d'équité et d'égalité. Dans ces conditions, exit le principe même de péréquation ! Autre objectif possible mais moins avouable que l'on puisera dans le savant calcul d'élasticité cher aux études tarifaires : un tarif plus élevé dissuadera l'usage du transport dans les secteurs du territoire non rentables. Mais je ne veux pas croire à cette définition de la Métropole solidaire !
"Les politiques se trompent en pensant qu'accorder des gratuités à certains va leur permettre de s'assurer leur voix"
Ne viendrait-il pas à l'idée des diffuseurs de la doxa économique de penser qu'une décision puisse être prise parce qu'on la croit juste et d'éviter de considérer la politique comme un marché d'offre et de demande ? L'abolition de la peine de mort fut-elle motivée par un bénéfice électoral escompté ? Je pourrais dire de même aujourd'hui de l'accueil des réfugiés. Nouvel exemple de la dérive culturelle que manifestent ces glissements sémantiques. Tout devient marché dont la modélisation suffirait à définir le bien commun. 
"Est-il normal qu'un cadre chômeur touchant 6000 euros d'indemnités voyage gratuitement ?" 
Frappé du sceau de l'équité, cet exemple n'est pas neutre. Il est révélateur d'une prédisposition de nature idéologique. Plutôt que l'exemple du demandeur d'emploi (rappelons que la moyenne des allocations est à 900€), j'aurais préféré voir cité la gratuité dont bénéficie le professeur d'université de plus de 65 ans croisant dans le métro ses étudiants au tarif payant ! A chacun ses illustrations. Gardons nous toutefois d'un faux procès à l'intéressé : sa volonté de remettre en cause  la gratuité des séniors est énoncée.


Je reviendrais à une autre occasion sur l'idée avancée du "paiement en fin de mois". Nul besoin d'aller chercher l'inspiration au Brésil ou auprès d'un prix nobel. Il suffit de se rendre à Nantes, Belfort, Brest, Le Mans ou à Angers qui ont instauré ce qu'on appelle le post paiement. Pourquoi pas ? Mais aussi technique et moderne que soit la solution, elle n'évacue pas la question de l'objectif politique poursuivi.  

Une politique tarifaire va obéir à des objectifs politiques qui peuvent varier. Ce sera l'occasion d'y revenir ici-même à l'occasion d'un autre billet.

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